Au fond d'une vieille malle dans un grenier poussièreux, j'ai retrouvé, entourées d'un ruban bleu, ces trois lettres. Le texte de la dernière est incomplet, l'encre était délavée par les larmes, seul le début était encore lisible...


Somewhere between Strasbourg & Paris… 21h24


Billy the Kick vient d'achever son existence afin de mieux la commencer. J'ai "envie-besoin " de traquer une vieille relation de presque 10 mois. I don't know where I am. Mais cela me plaît. Toujours ce besoin d'instabilité, qu'elle soit sociale, sentimentale, locale ou cérébrale. I told you about my madness. C'est la folie de l'instable ou de l'instant. Instant instantané où j'aime à flâner. Je me reposerai un jour sous l'arbre du futur. Un peu d'une chanson de l'Alsacien Bashung s'installe in my mind. " La vie s'est comme une overdose, tu prends tout tout de suite et puis tu meurs très vite. " No comment !
I've closed myself to the surrounding people. Leur existence-tristesse se déroule à l'extérieur de la mienne. Ils ne sont plus là et moi non plus. Il n'y a plus rien, et pourtant il y a. Vide instantané d'une mémoire surchargée. Exit on nowhere. Enter on anywhere. La renaissance importe peu à la mort qu'elle précède et réciproquement.
" Don't worry about me " furent mes dernières paroles. Mais aussi les premières. Black is white, any color you like is life. All ends are beginnings. Le train arrive à Paris. I'll come soon.
Xxxx
4lain.


Dedicated to you somewhere in a bus tonight.

Approche de l'Orient (ext.) From "bitter lemons " Lawrence Durrell.

" Comme le génie, les voyages sont un don des dieux. Mille circonstances diverses les préparent en secret, et quoi que l'on en pense, il est rare qu'ils soient entièrement le fruit de notre volonté. Ils surgissent spontanément des plus profondes exigences de notre nature - et les plus profitables ne nous conduisent pas seulement à découvrir de nouveaux lieux, mais aussi de nouvelles richesses intérieures. Le voyage peut-être une des formes les plus bénéfiques de l'introspection… "

Later,

Le flamand rose plane dans mon antre. J'umma gummesque pleinement, aidé en cela par les paradis artificiels qui enchantèrent Charles B., mon modèle poétique. S'il est un talent que je voulus égaler, ce fut le sien. Il m'a manqué son génie. Si j'avais la voix musicale, j'enregistrerais les poèmes de Baudelaire sur la musique de Pink Floyd. Un délire fantasmatique de plus, mais I love it ! ! !
J'assène mon amour à la face des choses. La folie devient concrète par mon amour pour elle !
Un oiseau plane inlassablement au-dessus de moi. Il est moi. Nos esprits ne font qu'un. Trip (mine) is also one of the most benefit faces of the introspection. First is to success !
Je n'ai jamais pu m'empêcher de mêler l'anglais au français dans mes lettres depuis 5 ans. Funny but strange !
Mon ancienne ou ma future renaissance doit être (ou sera) anglaise or american man ! Hi man ! Il y a bientôt 10 ans je m'étais écrit une lettre. Devrais-je renouveler l'expérience ? I don't know, maybe so !
Ce matin à six heures et demie ce n'est pas cette chambre que j'ai vue en ouvrant les yeux. Pendant une fraction de seconde ce fut l'intérieure de la tienne. J'espère que cette journée - la première depuis si longtemps - fut scolairement positive.
Je dois te quitter un instant.
Un instant après.
" Galère en vue ! " There's a hole in my stuff. Prise d'air à l'horizon.
Thèse - antithèse. Maintenant le silence règne en maître chez moi. Même les bruits extérieurs semblent assourdis. Le fil de ma pensée autorise le dépassement. A l'inverse de Bashung, il n'est pas "toujours sur la ligne blanche ".
Another thought. Le W.E. dernier m'a cristallisé sur le chemin parcouru par Toi et Moi depuis 4, 5 ans. Drôle de sensations après tout ce temps et toute cette vie de se retrouver face à face. Sensation bizarre. Expression hasard. Happily à la gare mon copain était là. Promenade nocturne dans Paris, bière, puis bière encore. Retour tardif dans la nuit. Etat avancé. Smoke is too much. Pas le temps de penser. Bonsoir les chats. Bonjour le lit. Dormir. Réveil. Lever. Travail. Docteur. Manger. Travail. Retour maison. Musique and smoke. Et puis now lettre.
En trois lignes, presque 24 heures de mon existence. Concis le style. Futile le "dit ", facile "l'écrit ".
Un soleil orange attire mon regard. Posé insidieusement sur le coin de la table, "citrons acides " me fait de l'œil. Durrell vient de glisser sa poésie au creux de mon âme. Je dois partir. A bientôt sûrement.
Xxxx
4lain.


Days after in my office…

Je reprends le stylo, bien décidé à achever cette lettre. Le silence règne autour de moi, le café fume dans ma tasse.
Dans ma tête les brouillards d'une nuit trop "chargée " se sont évaporés en laissant une sensation de fatigue interne profonde. Pourtant pas envie de dormir. Seulement l'impression que si je m'allongeais, je m'endormirais. Mais pas envie de m'allonger. La fête se doit de continuer partout, dans ma tête et autour d'elle.
Malgré cet étrange feeling, j'ai la forme. Je me sens bien avec moi. L'équilibre est là Je ne me pose plus la question de savoir s'il durera et combien il durera, il est. Je me satisfais de cette vie quasi "au jour le jour ". C'est bon à vivre. Si j'avais besoin de faire des projets, je modifierais cette façon d'être. Mais pour le moment, il n'en est pas question.
La place s'amenuise, alors je vais tranquillement me diriger vers la conclusion de cette lettre.
J'espère que pour Toi tout va pour le mieux, et que tu as l'énergie nécessaire pour affronter la "scolarité ". Comme je te l'ai dit, ce n'est peut-être pas le pied, mais c'est une occupation temporaire qui peut être un tremplin à ton retour vers le "bonheur-bien-être ".
Transmets mes amitiés à tes parents, la bise à Michèle et Odile, quant à Toi, que la tendresse que je t'envoie t'insuffle l'énergie existentielle.
A très bientôt.
Xxxx
4lain.



Le 1er décembre 1985


" Citrons Amers "

Dans une île de citrons amers
Où les fièvres froides de la Lune
Travaillent les sombres globes des fruits,
Et l'herbe rêche sous les pieds
Torture la mémoire et ravive
Des habitudes que l'on croyait mortes à jamais,
Mieux vaut faire silence, et taire
La beauté, l'ombre, la violence ;
Que les antiques gardiens de la mer
Veillent sur le sommeil des songes
Et la tête bouclée de la mer égéenne
Contienne ses fureurs comme des larmes non versées
Contienne ses fureurs comme des larmes non versées.
L. Durrell


Débuter une lettre qui t'est destinée par un poème de Durrell me semble le must…
Voilà 6 jours que ta lettre irradie sur mon bureau, et soudain les circonstances s'associent, le moment de t'écrire est arrivé. Le déclic a été la voix de l'animateur de RFM. Il a dit : " … maintenant je vais vous quitter, après les informations, vous allez retrouver Isabelle… " ! Alors j'ai saisi mon stylo et l'ai mis en contact avec ma feuille de papier. Mon esprit aussitôt s'est emparé de cette connexion pour se "déverser-libérer " sur la feuille quadrillée.
Je devais retrouver un ami cet après-midi. Il a préféré la campagne à ma compagnie. Alors je viens te rejoindre, la configuration planétaire de mon destin en a décidé ainsi. La preuve en est- et nous n'avons pas besoin de preuve pour agir - le cachet de la poste strasbourgeoise qui est un "pub " pour le cancer, et qui dit à la fin : " … Avec vous, pour vous/ N'attendez pas… " Alors no wait, I'll be with you. Dans une brume de souvenirs anciens où la douce fébrilité de ma mémoire travaille les sombres rocs de l'oubli, et l'étrange image des retrouvailles racle le doux tapis où s'épanouissent les rires et les sourires nés du plaisir de se trouver face à face.
Des clichés de bien-être, que l'on pensait effacés à jamais, se juxtaposent sur les images du présent. Le Bonheur, la Douceur et la tendresse étaient là, tapis dans un coin sombre de nos esprits. Et nous qui pensions les avoir oubliés. La prétention de croire qu'il suffit de ne plus penser à quelque chose ou quelqu'un pour qu'il ou elle n'existe plus !
Le "trucage " s'effectue en douceur. Comme un feu que l'on n'approvisionne plus en bûches, la relation va s'éteindre petit à petit, sans violence ni passion. Juste un peu de temps et de froid. Sa chaleur fuira dans le vent et dans l'espace du délaissement.
Stevie Wonder rythme mon écriture. Je me sens "a part-time lover ". Musicalement mon âme s'embrase. J'ai envie d'écrire en croches, double croches, dièses, soupirs, silences. Face au monde cruel et déchirant je me dresse et crie le bonheur de vivre. Exister, éphémère bonheur qu'il faut vivre pleinement. L'intensité doit être inversement proportionnelle à la durée. C'est horrible, mon esprit s'exprime par un axiome mathématique. Chasser le naturel, il se tapit pour prendre son élan et revenir au galop.
" … que les antiques gardiens de la mer… ", je crois en la beauté lorsqu'elle est poétique. La poésie de Durrell me touche au plus profond, là où je suis le plus sensible. Il pose son doigt sur mon clitoris poétique et le caresse insidieusement, doucement. Il sait déjà qu'il va provoquer la jouissance de mon âme, c'est bon intensément bon ! J'ai la saveur du plaisir dans la bouche et son frisson au creux du ventre lorsque je le lis et le déguste.
Demain sera lundi, et il faudra se lever pour aller "jober ". 6h30, réveil… Peut-être le plaisir, le soir, d'aller Gare de Lyon chercher Bruno, mon frère Scorpion. Lui aussi me fait vibrer. No sex, just love. Amour et amitié ont la même racine. Il est dommage que 500 km nous séparent car j'ai envie d'entamer une discussion avec Toi, une de ces discussions dont nous avons le secret. Une discussion-digression où nos esprits s'envolent sur les cimes de l'existentialisme.
Sorry pour l'écriture. Mes dévotions baudelairiennes, si elles enflamment mon esprit, abîment mon graphisme. Mais you've just to connect your mind on mine, and so on…
OK ? Are you ready ? Go on ! ! ! ! Le rythme s'accélère. Il prend une couleur sudiste. C'est ZZ TOP ! Un large soleil rouge prend place dans le paysage. Un bayou luminescent, le Mississippi en crue, nous voilà en Louisiane. Les chants des colibris et des tangaras, les mugissements des vapeurs à aubes, nous voici totalement dépaysés. Entends-tu le vent dans les champs de coton ? Bruissent les plants de canne à sucre. Les branches d'un grand chêne frissonnent. Nos regards convergent dans le ciel pourpre et profond. Nous sommes à l'unisson du temps. (Weather and time) Nos corps vibrent au rythme du Sud. Que sont ces poussières blanches qui volettent devant nos yeux ? Le pollen, juste le pollen des fleurs. Nous devenons abeilles pour le transporter, nous fécondons la nature. Nous sommes les reproducteurs du cycle éternel de la vie. Mais nous sommes aussi du pollen d'humain, et des abeilles supérieures nous transportent et fécondent ainsi un cycle supérieur existentiel. Tout est dans tout.
Nous sommes macrocosme et microcosme. Et c'est ainsi pour tout, de l'infiniment petit à l'infiniment grand.
Peu importe, pour le moment plein Sud, et that's all folks !
Un scintillement dans le ciel lourd et bas. Un long fil d'argent descend des cieux, juste entre nous. Il nous faut le saisir. Dans une brume de chaleur il vibre et se sépare en deux. La brume s'épaissit. Chaque fil s'élève te s'éloigne en suivant une trajectoire parallèle à l'autre. Mais le brouillard est trop épais, je ne te vois plus. Je ferme les yeux et le souvenir de tes dernières paroles vibrent dans ma tête. Lorsque j'ouvre les yeux, je suis revenu à l'Hay les Roses. Je sais que toi tu es de nouveau à Strasbourg. Le voyage est terminé. Bientôt sera un autre, ailleurs mais aussi bien. Il faut à présent nous séparer. Je vais terminer cette missive, la mettre dans une enveloppe, et demain, dûment affranchie, elle quittera la Région Parisienne pour l'Est. Mardi tu la tiendras dans tes mains, devant tes yeux, et lorsqu'ils arriveront à ces mots finals, je veux qu'ils transmettent à ton être la tendresse énergétique que je t'adresse.
A bientôt,
Xxxx
4lain.



L'Hay le 9/02/86


" Sur la lande déserte, une femme fredonne,
Pour son enfant, et pour elle aussi.
Je connais ton père, Petit Bonhomme,
Il vit très loin, très loin d'ici. "

Téléphone sur ma chaîne, Satyagraha dans mon âme.
Je suis venu te chercher pour un nouveau voyage.
Prends ma main et laisse moi t'emporter ailleurs, toujours plus loin, ailleurs.
Le vent nous caresse le visage, les nuages nous portent, laissons nous délirer dans l'espace. Le ciel crépusculaire nous enveloppe d'une douce moiteur. Douceur et chaleur.
Au-dessous de nous une meute de gazelles se désaltère à un point d'eau isolé de la savane africaine. Tapi dans les buissons parcimonieusement disposés sur le sol, un lion attend. Le moment ne lui semble pas favorable, attendre, toujours attendre. La vie sauvage et vraie a repris possession du monde.
Le Transvaal se dessine, nous sommes près de Newcastle, avril 1912...

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