Rupture
Assis à la table d'un banal café, je décide de faire une mise au point sur les événements de ces douze derniers mois.
Il y a deux ans j'avais fait la même chose. Cela s'appelait "The Last One".
J'ai eu une conversation téléphonique avec B. Les événements de ces derniers jours le conduisent à décrocher. Il va s'éloigner. Il prend un autre chemin, un autre trip. Campagne ou montagne, en tout cas loin du milieu morse dans lequel nous évoluons depuis bientôt un an. Nous nous verrons une dernière fois demain après-midi. Nous réglerons quelques problèmes matériels style bouquins, enceintes,... Après il partira. Plus tard lorsque sa route croisera la mienne, nous aurons plaisir à nous retrouver. Nul ne sait quand cela sera. Le temps et les circonstances décideront pour nous. La discussion a mis en lumière plusieurs choses. Nous sommes conscients tous les deux que seule une séparation de quelques mois sera bénéfique. Il n’y y a pas eu d'animosité, ni de galères. Seulement la prise de conscience que si nous désirions réellement oublier cette ardente maîtresse, il nous faut estomper nos relations. L'amitié n'en souffrira nullement. En fait la possessivité de cette amante aurait briser inéluctablement cette amitié. C'est mieux ainsi. C'est la solution "clean". Quant à moi, j'ai rendez vous avec un des amants de cette "fille au coeur d'acier" dans deux heures. Cela va être ma soirée rupture, car moi aussi j'ai décidé de la quitter. Je ne sais si cette césure sera définitive, car avec elle on ne peut jurer de rien. Je suis sur d'une chose, c'est que j'ai en moi le désir intense d'en finir.
Lorsqu'il y a dix mois nos relations devinrent journalières, je m'étais fixé(!) le cap d'un mois. Bilan : je la rencontre toujours. j'en suis tombé amoureux. La relation s'installa en dents de scie. Il y eut des périodes où je restais sans la voir. Ce ne fut pas toujours facile. Et j'ai réussi depuis 4 mois à ne la voir que le week-end. Mais c'est encore trop. Si je veux rompre réellement, et je le veux, je dois cesser totalement de la voir. C'est vrai qu'elle est douce et tendre, mais je ne veux pas qu'elle devienne indispensable à mon existence. Alors ce soir je jetterai son corps aux ordures. Il ne doit plus rien rester chez moi. Rien ne doit me la rappeler. Tant qu'il y aura le moindre souvenir matériel, la rupture ne sera pas complète.
J'ai rencontré I., et avec elle je suis prêt à quitter le reste. Je vais rester quelques temps sans voir A. et C., puis plus tard peut-être je les recontacterai. Si ils ont toujours la même maîtresse, je retournerai à mon existence du moment. Ils quitteront alors définitivement ma vie, et je n'aurai aucun regret. Ce sera la signe que nous n'avions rien à faire ensemble de constructif. Que sans elle nous n'étions rien. Or j'ai envie d'avoir de vrais amis, avec qui l'amitié n'est pas qu'un voile vaporeux qui recouvre la divine mais perfide amante.
J'ai envie de revoir le soleil et les cieux, de marcher dans le vent un sourire de bien-être sur les lèvres. J'ai des amis avec qui la vie est synonyme de joie et de bonheur. Et puis il y a I. et L. Elles se partagent mon coeur. Je les aime différemment mais aussi intensément l'une que l'autre. Elles ne me détruisent pas, elles me construisent. Lorsque je pense à elles, c'est une sensation totalement différente. Sensation que je n'avais pas connue depuis longtemps. J'avais oublié ma joie de vivre. Pourtant je n'étais pas quelqu'un de triste auparavant. Mais petit à petit j'avais perdu la notion d'être heureux. Je ne vivais plus qu'à travers elle, je n'existais plus en tant que moi. Mais cela va changer ! Ma décision est prise, je vais la quitter. La rupture ne sera pas facile, mais elle sera. Je vais peut-être souffrir, mais j'ai en moi des sources d'énergie inexpugnables. Si le week-end prochain j'entends au creux de l'oreille sa voix qui m'appelle, je partirai voir la douce et verte Normandie. Là, au milieu des prés, je serai loin d'elle et de son pouvoir de sirène.
Le week-end d'après je partirai avec des amis de Grèce. Puis ce sera la visite à L., après je téléphonerai à I., et petit à petit je me détacherai totalement de cette "brise-vie". Voila un programme clair et net.
Il réussira j'en suis persuadé. Si par malheur cette rupture n'est pas effective, j'aurais recours comme B. aux médecins et à l'exil à la campagne.
J'ai la volonté de réussir. Je sais que ce soir, seul avec elle, je lui dirai adieu en lui faisant l'amour une dernière fois.
Voilà, la mise au point est faite. Je vais arrêter d'écrire avec devant les yeux et au fond du coeur l’image du bonheur.
Je suis enfin sur le chemin de la renaissance.
Alain
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